La lassitude rampe dans mes os comme une tortue Mon cœur n’est pas à couteaux tirés avec ma tête claire, Le souffle ne me manque pas à grande vitesse Mon sang ne se glace pas dans les virages. Ma gorge ne se serre pas d’amour Et mes nerfs ne sont plus tendus, on peut les déchirer. Mes nerfs pendent comme une corde à linge Et je ne me demande plus qui aura le dessus, lui ou moi. Si on me pousse, je saute à bas de mon cheval Je n’ai plus que des «ne» et des «pas». Je ne bois pas d’eau potable à m’en glacer les dents Je ne hâte pas les événements, ni les gens Mon arc est jeté là, la corde en est pourrie Ses flèches sont brisées, j’en allume le feu. Je ne suis pas tendu, ni zélé, mais planté là Même les attaques ne sauraient m’inspirer     Si on me pousse, je saute à bas de mon cheval Je n’ai plus que des «ne» et des «pas».                             Pas de blessures qui m’élancent, ni de cicatrices douloureuses Elles sont protégées par des pansements stériles. Ni les pensées, ni les questions ni les rêves Ne m’émeuvent, me taraudent, me tourmentent. Que la ceinture soit lâche ou serrée, peu m’importe Je ne prendrai sûrement pas une balle dans la tête Je suis transparent comme une fenêtre ouverte Et aussi peu coloré qu’une toile de lin. Si on me pousse, je saute à bas de mon cheval Je n’ai plus que des «ne» et des «pas». Je ne recherche pas l’eau vive, la racine de vie. Je ne cours pas sottement après mon ombre. Je ne revendique pas, ne lutte pas, ne palpite pas. Je ne tente pas d’atteindre la cible. Je suis las de combattre l’attraction terrestre Je demeure couché, plus loin ainsi de la corde Et mon coeur bat comme en dehors de moi Il est temps de partir là où tout est «ne» et «pas». Si on me pousse, je saute à bas de mon cheval Je n’ai plus que des «ne» et des «pas».
© Michèle Kahn. Traduction, 1977