Pour une brève rencontre, Nous retrouver serait un malheur. Et moi, on me met dans un train de marchandises, Vers l’Est, aux mines d’or, à Bodaïbo. Tout est fini, le fracas des roues s’est tu. Finies les traverses, il n’y a plus de rails. Si seulement on pouvait hurler, Dommage, il n’y a plus de larmes, Les larmes ont tari sur la terre. Ne m’attends pas, tant pis Et ne te chagrine pas si c’est dur pour moi. Mais souviens-toi qu’il ne serait pas bon pour toi De me retrouver sur ton chemin. Tu ne pleureras pas, tu ne m’attendras pas, Tu n’iras pas voir mes parents Maisje m’en fous, en restant ici, Je chercherai l’or pour le pays. Ma peine finira, j’endurerai tout. Et je serai libéré coûte que coûte, Mais pour l’instant, dans le camp, Je dors sur les châlits Et j’essaie de t’oublier. Ici, les forêts ploient sous le vent. Tout autour seulement les neiges, Tu as beau hurler, Derrière, sept mille kilomètres, Devant, sept ans de brumes à tirer.
© ?. Traduction, 1975